Le tao qui peut être exprimé n’est pas le Tao éternel. Le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel.
L’indicible est l’éternellement réel. Nommer est l’origine de toutes choses particulières.
Libre du désir, tu comprends le mystère. Pris dans le désir, tu ne vois que les manifestations.
Pourtant mystère et manifestations jaillissent de la même source. Cette source s’appelle ténèbres.
Ténèbres dans les ténèbres. La porte vers toute compréhension.
Lorsque les gens voient certaines choses comme belles, d’autres deviennent laides. Lorsque les gens voient certaines choses comme bonnes, d’autres deviennent mauvaises.
Être et non-être se créent l’un l’autre. Difficile et facile s’entretiennent l’un l’autre. Long et court se définissent l’un l’autre. Haut et bas dépendent l’un de l’autre. Avant et après se suivent l’un l’autre.
Ainsi le Maître agit sans rien faire et enseigne sans rien dire. Les choses apparaissent et il les laisse venir ; les choses disparaissent et il les laisse partir. Il a, mais ne possède pas, agit, mais n’attend rien. Son oeuvre accomplie, il l’oublie. C’est pourquoi elle dure toujours.
Si l’on surestime les grands hommes, les gens deviennent dépendants. Si l’on surévalue les biens matériels, les gens commencent à voler.
Le Maître dirige en vidant l’esprit des gens et en remplissant leur coeur, en affaiblissant leur ambition et en renforçant leur courage. Il aide chacun à perdre tout ce qu’il sait, tout ce qu’il désire, et crée la confusion chez ceux qui pensent savoir.
Pratique le non-agir, et chaque chose prendra sa place.
4
Le Tao est tel un puits : sans cesse utilisé mais jamais tari. Il est comme le vide éternel : empli d’infinies possibilités.
Il est caché mais toujours présent. Je ne sais qui lui a donné naissance. Il est plus ancien que Dieu.
5
Le Tao ne prend pas parti ; il donne naissance au mal comme au bien. Le Maître ne prend pas parti ; il accueille les pécheurs comme les saints.
Le Tao est comme un soufflet : il est vide mais infiniment capable. Plus tu l’utilises, plus il est fécond ; plus tu en parles, moins tu le comprends.
Reste ancré au centre.6
Le Tao est appelé la Grande Mère : vide mais inépuisable, il donne naissance à des mondes infinis.
Il est toujours présent en toi. Tu peux l’utiliser comme bon te semble.7
Le Tao est infini, éternel. Pourquoi est-il éternel ? Il n’est jamais né ; ainsi ne peut-il jamais mourir. Pourquoi est-il infini ? Il n’a pas de désirs pour lui-même ; ainsi est-il présent pour tous les êtres.
Le Maître reste en retrait ; c’est pourquoi il est en avance. Il est détaché de toutes choses ; c’est pourquoi il est un avec elles. Parce qu’il s’est libéré de lui-même, il est parfaitement accompli.
8
Le bien suprême est comme l’eau, qui nourrit toutes choses sans en avoir l’intention. Elle se contente des places inférieures que les autres dédaignent. Ainsi elle est comme le Tao.
En ta demeure, vis près du sol. En pensées, reste simple. En conflit, sois juste et généreux. En gouvernant, n’essaie pas de contrôler. En travaillant, fais ce que tu aimes. En famille, sois pleinement présent.
Lorsque tu te satisfais d’être simplement toi-même et ne te compares ni ne te mets en compétition, tout le monde te respecte.9
Emplis ton bol à ras bord et il débordera. Aiguise ton couteau sans relâche et il s’émoussera. Cours après l’argent et la sécurité et ton coeur ne s’apaisera jamais. Soucie-toi de l’approbation des gens et tu seras leur prisonnier.
Fais ton travail, puis retire-toi. La seule voie vers la sérénité.10
Peux-tu détourner ton esprit de ses errances et rester dans l’unicité originelle ? Peux-tu laisser ton corps devenir souple comme celui d’un nouveau-né ? Peux-tu purifier ta vision intime jusqu’à ne rien voir d’autre que la lumière ? Peux-tu aimer les gens et les diriger sans leur imposer ta volonté ? Peux-tu gérer les affaires les plus vitales en laissant les événements suivre leur cours ? Peux-tu te distancier de ton propre esprit et ainsi comprendre toutes choses ?
Donner naissance et nourrir, avoir sans posséder, agir sans rien attendre, diriger sans tenter de contrôler : ceci est la suprême vertu.
11
Nous joignons des rayons pour en faire une roue, mais c’est le vide du moyeu qui permet au chariot d’avancer.
Nous modelons de l’argile pour en faire un vase, mais c’est le vide au-dedans qui retient ce que nous y versons.
Nous clouons du bois pour en faire une maison, mais c’est l’espace intérieur qui la rend habitable.
Nous travaillons avec l’être, mais c’est du non-être dont nous avons l’usage.12
Les couleurs aveuglent l’oeil. Les sons assourdissent l’oreille. Les saveurs engourdissent le palais. Les pensées affaiblissent l’esprit. Les désirs fanent le coeur.
Le Maître observe le monde mais fait confiance à sa vision intérieure. Il laisse les choses aller et venir. Son coeur est ouvert comme le ciel.13
Le succès est aussi dangereux que l’échec. L’espoir est aussi vain que la peur. Que signifie: «le succès est aussi dangereux que l’échec»? Que tu montes ou descendes l’échelle, ta position est instable. Lorsque tu as les deux pieds sur le sol, tu gardes toujours ton équilibre.
Que signifie: « l’espoir est aussi vain que la peur » ? Espoir et peur sont des fantômes qui naissent de la préoccupation de soi. Quand nous ne voyons pas le soi comme soi, qu’avons-nous à craindre ?
Vois le monde comme toi-même. Fais confiance à la vie telle qu’elle est. Aime le monde comme toi-même ; alors tu pourras prendre soin de toutes choses.14
Regarde, et tu ne peux le voir. Écoute, et tu ne peux l’entendre. Tends la main, et tu ne peux le saisir.
En haut, il n’est pas lumineux. En bas, il n’est pas sombre. Complet, indicible, il retourne au royaume du rien. Forme qui comprend toutes formes, image sans aucune image, subtil, au-delà de toute conception.
Approche-le et il n’est pas de début ; suis-le et il n’est pas de fin. Tu ne peux le connaître, mais tu peux l’être, sans effort dans ta propre vie. Comprends simplement d’où tu viens : ceci est l’essence de la sagesse.15
Les anciens Maîtres étaient profonds et subtils. Leur sagesse était insondable. Il est impossible de la décrire ; tout ce que l’on peut décrire, c’est leur apparence.
Ils étaient prudents comme quelqu’un traversant un ruisseau gelé. Alertes comme un guerrier en territoire ennemi. Courtois comme un invité. Fluides comme la glace fondante. Modelables comme une pièce de bois brut. Accueillants comme une vallée. Clairs comme un verre d’eau.
As-tu la patience d’attendre jusqu’à ce que ta boue se dépose et que l’eau soit claire? Peux-tu rester immobile jusqu’à ce que l’action juste survienne d’elle-même ?
Le Maître ne recherche pas l’accomplissement. Ne recherchant rien, n’attendant rien, il est présent et peut accueillir toutes choses.
16
Vide ton esprit de toute pensée. Laisse ton coeur être en paix. Observe l’agitation des êtres, mais contemple leur retour.
Chaque être distinct dans l’univers revient à la source commune. Revenir à la source, c’est la sérénité.
Si tu ne prends pas conscience de la source, tu t’enfonces dans la confusion et la tristesse. Quand tu comprends d’où tu viens, tu deviens naturellement tolérant, désintéressé, amusé, bienveillant comme une grand-mère, digne comme un roi. Immergé dans la merveille du Tao, tu peux faire face à tout ce que la vie t’apporte, et quand vient la mort, tu es prêt.
17
Quand le Maître gouverne, les gens ont à peine conscience qu’il existe. À défaut, le mieux est un dirigeant qu’on aime. Puis encore, un qu’on craint. Le pire est un dirigeant qu’on méprise.
Si tu ne donnes pas de responsabilités aux gens, tu les rends irresponsables.
Le Maître ne parle pas, il agit. Quand son oeuvre est achevée, les gens disent : « Regarde ! C’est nous qui l’avons fait, tout seuls ! »
18
Quand le grand Tao est oublié, la bonté et la piété apparaissent. Quand l’intelligence du corps décline, l’ingéniosité et la connaissance se montrent. Quand il n’y aucune paix dans la famille, la piété filiale commence. Quand le pays sombre dans le chaos, naît le patriotisme.
1919
Laisse tomber la sagesse et la sainteté, et les gens seront cent fois plus heureux. Laisse tomber la moralité et la justice, et les gens feront ce qui est juste. Laisse tomber l’industrie et le profit, et il n’y aura pas de voleurs.
Si ces trois actions sont insuffisantes, reste simplement au centre du cercle et laisse toutes choses suivre leurs cours.
2020
Arrête de penser, et finis-en avec tes problèmes. Quelle différence y a-t-il entre oui et non ? Quelle différence y a-t-il entre succès et échec ? Dois-tu estimer ce qu’estiment les autres, éviter ce que les autres évitent ? Ridicule !
Les autres sont excités comme s’ils étaient à la parade. Moi seul suis indifférent, moi seul suis sans expression comme un nouveau-né avant qu’il ne sache sourire.
Les autres ont ce qu’ils veulent. Moi seul ne possède rien.
Moi seul vais à la dérive, comme quelqu’un sans foyer. Je suis tel l’idiot, mon esprit est si vide.
Les autres sont lumineux ; moi seul suis sombre. Les autres sont vifs ; moi seul suis insipide. Les autres ont une raison d’être ; moi seul ne sais pas. Je dérive comme une vague sur l’océan, je voyage sans but, comme souffle le vent.
Je suis différent des autres. Je bois au sein de la Grande Mère.
2121
Le Maître conserve son esprit à jamais un avec le Tao ; c’est ce qui lui confère son éclat.
Le Tao est insaisissable. Comment son esprit peut-il être un avec lui ? Parce que le Maître ne s’attache pas aux idées.
Le Tao est sombre et insondable. Comment peut-il le faire rayonner ? Parce que le Maître le laisse faire.
Depuis bien avant que le temps et l’espace ne fussent, le Tao est. Il est au-delà du est et du n’est pas. Comment sais-je que cela est vrai ? Je regarde en moi et je vois.
2222
Si tu veux être entier, laisse-toi être partiel. Si tu veux être droit, laisse-toi être tordu. Si tu veux être plein, laisse-toi être vide. Si tu veux renaître, laisse-toi mourir. Si tu veux que tout te soit offert, renonce à tout ce que tu as.
Le Maître, en demeurant dans le Tao, crée un exemple pour tous les êtres. Parce qu’il ne s’expose pas, les gens peuvent voir sa lumière. Parce qu’il n’a rien à prouver, les gens peuvent se fier à sa parole. Parce qu’il ne sait pas qui il est, les gens se reconnaissent en lui. Parce qu’il n’a aucun but, tout ce qu’il fait réussit.
Quand les anciens Maîtres disaient : « Si tu veux que tout te soit offert, renonce à tout ce que tu as », ce n’étaient pas de vains mots. Seul en étant vécu par le Tao peux-tu être vraiment toi-même.
2323
Exprime-toi complètement, puis reste silencieux. Sois comme les forces de la nature : quand ça souffle, il n’y a que le vent ; quand il pleut, il n’y a que la pluie ; quand les nuages passent, le soleil brille.
Si tu t’ouvres au Tao, tu es un avec le Tao et tu peux l’incarner pleinement. Si tu t’ouvres à la vision intime, tu es un avec la vision intime, et tu peux l’utiliser pleinement. Si tu t’ouvres à la perte, tu es un avec la perte et tu peux l’accepter pleinement.
Ouvre-toi au Tao, puis fais confiance à tes réponses naturelles ; et tout prendra sa place.
2424
Celui qui se dresse sur la pointe des pieds n’est pas stable. Celui qui se précipite en avant ne va pas loin. Celui qui essaie de briller ternit sa propre lumière. Celui qui se définit ne peut savoir qui il est réellement. Celui qui exerce son pouvoir sur les autres se prive de son véritable pouvoir. Celui qui s’attache à son oeuvre ne crée rien de durable.
Si tu veux être en accord avec le Tao, fais simplement ton travail, puis lâche prise.
2525
Il y avait quelque chose de sans forme et de parfait avant que l’univers ne fût né. Serein. Vide. Solitaire. Immuable. Infini. Éternellement présent. C’est la mère de l’univers. À défaut d’un meilleur nom, je l’appelle le Tao.
Il s’écoule à travers toutes choses, au-dedans, au-dehors, et revient à l’origine de toutes choses.
Le Tao est grand. L’univers est grand. La terre est grande. L’homme est grand. Ce sont les quatre grandes puissances.
L’homme se règle sur la terre. La terre se règle sur l’univers. L’univers se règle sur le Tao. Le Tao ne se règle que sur lui-même.
2626
Le lourd est la racine du léger. L’immobile est la source de tout mouvement.
Ainsi le Maître voyage tout le jour sans quitter sa demeure. Aussi splendides soient les vues, il reste sereinement en lui-même.
Pourquoi le seigneur du pays devrait-il aller et venir comme un fou ? Si tu te laisses ballotter de-ci de-là, tu perds le contact avec la source. Si tu laisses l’agitation te gouverner, tu perds le contact avec qui tu es.
2727
Un bon voyageur n’a pas de plans fixes et n’est pas tendu vers l’arrivée. Un bon artiste laisse son intuition le mener là où elle le souhaite. Un bon scientifique s’est libéré des concepts et garde l’esprit ouvert à ce qui est.
Ainsi le Maître est disponible pour tous et ne rejette personne. Il est prêt à tirer parti de toutes les situations et ne gâche rien. Cela s’appelle incarner la lumière.
Qu’est-ce qu’un homme bon sinon un exemple pour l’homme mauvais ? Qu’est-ce qu’un homme mauvais sinon une opportunité pour l’homme bon ? Si tu ne comprends pas cela, tu te perdras, aussi intelligent sois-tu. C’est le grand secret.
2828
Connais le viril, mais tiens-t’en au féminin : accueille le monde à bras ouvert. Si tu accueilles le monde, jamais le Tao ne te laissera et tu seras comme un petit enfant.
Connais le blanc, mais tiens-t’en au noir : sois un modèle pour le monde. Si tu es un modèle pour le monde, le Tao sera fort en toi, et rien ne te sera impossible.
Connais le personnel, mais tiens-t’en à l’impersonnel : accepte le monde tel qu’il est. Si tu acceptes le monde, le Tao sera lumineux en toi et tu retourneras à ton être originel.
Le monde est issu du vide, comme les ustensiles sont issus d’un bloc de bois. Le Maître connaît les ustensiles, mais s’en tient au bloc : ainsi peut-il utiliser toutes choses.
2929
Souhaites-tu rendre le monde meilleur ? Je ne pense pas que cela puisse se faire.
Le monde est parfait. On ne peut le rendre meilleur. Si tu es négligent envers lui, tu le détruiras. Si tu le traites comme un objet, tu le perdras.
Il y a un temps pour être devant, un temps pour être derrière ; un temps pour être en mouvement, un temps pour être au repos ; un temps pour être vigoureux, un temps pour être épuisé ; un temps pour être en sécurité ; un temps pour être en danger.
Le Maître voit les choses comme elles sont, sans tenter de les contrôler. Il les laisse suivre leur cours, et demeure au centre du cercle.
3030
Qui fait confiance au Tao pour gouverner les hommes n’essaie pas de forcer les choses ou de défaire ses ennemis par la force des armes. À toute force, il y a une force opposée. La violence, même bien intentionnée, frappe toujours en retour.
Le Maître fait son travail, puis s’arrête. Il comprend que l’univers est à jamais hors de contrôle, et qu’essayer de dominer les événements va contre le courant du Tao. Parce qu’il croit en lui-même, il n’essaie pas de convaincre les autres. Parce qu’il se satisfait de lui-même, il n’a pas besoin de l’approbation des autres. Parce qu’il s’accepte lui-même, le monde entier l’accepte.
3131
Les armes sont les instruments de la violence ; tous les hommes honnêtes les détestent.
Les armes sont les instruments de la peur ; un homme honnête les évitera sauf en cas d’extrême nécessité, et, s’il y est forcé, ne les utilisera qu’avec la plus grande retenue. La paix est sa plus haute valeur. Si la paix est brisée, comment peut-il être satisfait ? Ses ennemis ne sont pas des démons, mais des êtres humains comme lui. Il ne leur souhaite pas de mal personnellement ni ne se réjouit dans la victoire. Comment pourrait-il se réjouir dans la victoire et trouver plaisir dans le massacre des hommes ?
Il entre dans la bataille gravement, avec tristesse et grande compassion, comme s’il se rendait à des funérailles.
3232
Le Tao ne peut être perçu. Plus petit qu’un électron, il contient d’innombrables galaxies.
Si les puissants et les puissantes pouvaient rester centrés dans le Tao, toutes choses seraient en harmonie. Le monde deviendrait un paradis. Les gens seraient en paix et la loi serait inscrite dans les coeurs.
Quant aux noms et aux formes, sache qu’ils sont provisoires. Quant aux institutions, sache reconnaître où leur rôle doit finir. Sachant quand t’arrêter, tu peux éviter n’importe quel danger.
Toutes choses finissent dans le Tao comme les rivières se jettent dans la mer.
3333
Connaître les autres est intelligence ; se connaître soi-même est la vraie sagesse. Maîtriser les autres est force ; se maîtriser soi-même est le vrai pouvoir.
Si tu comprends que tu as suffisamment, tu es vraiment riche. Si tu restes au centre et acceptes la mort de tout ton coeur, tu vivras toujours.
3434
Le grand Tao coule partout. Toutes choses naissent de lui, mais il ne les crée pas. Il s’investit totalement dans son oeuvre, mais ne la revendique pas. Il nourrit des mondes infinis, mais ne s’y attache pas. Puisqu’il est fondu en toutes choses et caché en leurs coeurs, on peut le dire humble. Puisque toutes choses se dissolvent en lui et que lui seul perdure, on peut le dire grand. Il n’est pas conscient de sa grandeur ; ainsi est-il vraiment grand.
3535
Celui qui est centré dans le Tao peut aller où il le désire, sans danger. Il perçoit l’harmonie universelle, même au milieu d’une grande douleur, car il a trouvé la paix dans son coeur.
Une musique ou le fumet d’un bon plat peut amener des gens à s’arrêter et à y prendre plaisir. Mais les mots qui mènent au Tao semblent monotones et sans saveur. Quand tu le cherches, il n’y a rien à voir. Quand tu l’écoutes, il n’y a rien à entendre. Quand tu l’utilises, il est inépuisable.
3636
Si tu veux réduire une chose, permets-lui d’abord de grandir. Si tu veux te débarrasser de quelque chose, permets-lui d’abord de s’épanouir. Si tu veux prendre quelque chose, permets-lui d’abord d’être donné. Cela s’appelle la perception subtile de la réalité telle qu’elle est.
Le doux triomphe du dur. Le lent triomphe du rapide. Que tes méthodes demeurent un mystère. N’en montre aux autres que les résultats.
3737
Le Tao ne fait jamais rien ; pourtant à travers lui toutes choses se font.
Si les puissants et les puissantes pouvaient se centrer en lui, le monde entier se transformerait de lui-même, dans ses rythmes naturels. Les gens seraient heureux de leur vie quotidienne, en harmonie et libres de tout désir.
Quand il n’y a pas de désir, toutes choses sont en paix.
3838
Le Maître ne court pas après le pouvoir ; ainsi est-il vraiment puissant. L’homme ordinaire est tendu vers le pouvoir ; ainsi n’en a-t-il jamais assez.
Le Maître ne fait rien, mais ne laisse rien d’inachevé. L’homme ordinaire sans cesse fait des choses, mais il en reste toujours plus à faire.
L’homme bienveillant fait quelque chose, mais quelque chose demeure inachevé. L’homme juste fait quelque chose, et laisse de nombreuses choses à faire. L’homme moral fait quelque chose, et quand personne ne réagit, il retrousse ses manches et utilise la violence.
Quand le Tao se perd, il y a la bienveillance. Quand la bienveillance se perd, il y a la morale. Quand la morale se perd, il y a le rite. Le rite est l’enveloppe de la vraie foi, le début du chaos.
Ainsi le Maître s’occupe de la profondeur et non de la surface, du fruit et non de la fleur. Il n’a pas de volonté propre. Il vit dans la réalité, et laisse toutes illusions passer.
3939
En harmonie avec le Tao, le ciel est clair et vaste, la terre est ferme et fertile, les êtres prospèrent ensemble, satisfaits de ce qu’ils sont, se multipliant sans cesse, sans cesse renouvelés.
Quand l’homme interfère avec le Tao, le ciel devient sale, la terre s’épuise, les espèces s’éteignent, l’équilibre se désagrège.
Le Maître voit chaque partie avec compassion, parce qu’il comprend le tout. Il pratique constamment l’humilité. Il ne brille pas comme un joyau mais se laisse modeler par le Tao, aussi rugueux et commun qu’une pierre.
4040
Le retour est le mouvement du Tao. Céder est la voie du Tao.
Toutes choses naissent de l’être. L’être naît du non-être.
4141
Quand un homme supérieur entend parler du Tao, il commence tout de suite à l’incarner. Quand un homme ordinaire entend parler du Tao, il y croit à moitié et en doute à moitié. Quand un homme sot entend parler du Tao, il en rit à gorge déployée. S’il n’en riait pas, ce ne serait pas le Tao.
Ainsi est-il dit : le chemin vers la lumière paraît sombre, le chemin qui avance semble reculer, le chemin direct semble long, le vrai pouvoir semble faible, la vraie pureté semble ternie, la vraie constance semble changeante, la vraie clarté semble obscure, le plus grand art semble naïf, le plus grand amour semble indifférent, la plus grande sagesse semble puérile.
Le Tao ne se trouve nulle part, pourtant il nourrit et complète toutes choses.
4242
Le Tao donne naissance à l’Un. L’Un donne naissance au Deux. Le Deux donne naissance au Trois. Le Trois donne naissance à toutes choses.
Toutes choses sont adossées au féminin et font face au masculin. Quand masculin et féminin se rejoignent, toutes choses s’harmonisent.
Les hommes ordinaires détestent la solitude. Mais le Maître s’en sert, l’embrassant, comprenant qu’il est un avec l’univers.
4343
La chose la plus douce au monde triomphe de la chose la plus dure au monde. Ce qui n’a pas de substance pénètre là où il n’est pas d’espace. Cela montre la valeur de la non-action.
Enseigner sans paroles, accomplir sans actions : telle est la voie du Maître.
4444
Gloire ou intégrité : quel est le plus important ? Argent ou bonheur : lequel a le plus de valeur ? Succès ou échec : lequel est le plus destructeur ?
Si tu attends des autres ton épanouissement, tu ne seras jamais véritablement comblé. Si ton bonheur dépend de l’argent, tu ne seras jamais heureux avec toi-même.
Sois content de ce que tu as ; réjouis-toi de la réalité telle qu’elle est. Quand tu comprends que rien ne manque, le monde entier t’appartient.
4545
La vraie perfection semble imparfaite, mais elle est parfaitement elle-même. La vraie plénitude semble vide, mais elle est pleinement présente.
La vraie droiture semble tortueuse. La vraie sagesse semble folle. La vraie profondeur semble ingénue.
Le Maître permet aux choses d’arriver. Il façonne les événements comme ils viennent. Il fait deux pas en arrière et laisse le Tao parler pour lui-même.
4646
Quand un pays est en harmonie avec le Tao, les usines produisent des biens et des outils. Quand un pays va à l’encontre du Tao, les armes s’entassent aux portes de ses villes.
Il n’y a pas de plus grande illusion que la peur, pas de plus grande erreur que de se préparer à se défendre, pas de plus grande infortune que de croire avoir un ennemi.
Qui peut voir au-delà de toute peur est toujours en sécurité.
4747
Sans ouvrir ta porte, tu peux ouvrir ton coeur au monde. Sans regarder par ta fenêtre, tu peux voir l’essence du Tao.
Plus tu sais, moins tu comprends.
Le Maître arrive sans partir, voit la lumière sans regarder, accomplit sans rien faire.
4848
Dans la recherche du savoir, chaque jour quelque chose est ajouté. Dans la pratique du Tao, chaque jour quelque chose est lâché. De moins en moins as-tu besoin de forcer les choses, jusqu’à ce que finalement tu parviennes à la non-action. Quand rien n’est fait, rien n’est inachevé.
La vraie maîtrise peut être gagnée en laissant les choses suivre leur cours. Elle ne peut être gagnée en interférant.
4949
Le Maître n’a pas d’esprit en propre. Il travaille avec l’esprit des gens.
Il est bon avec ceux qui sont bons. Il est également bon avec ceux qui ne sont pas bons. Ceci est la vraie bonté.
Il fait confiance à ceux qui sont dignes de confiance. Il fait également confiance à ceux qui ne sont pas dignes de confiance. Ceci est la vraie confiance.
L’esprit du Maître est comme l’espace. Les gens ne le comprennent pas. Ils se tournent vers lui et attendent. Le Maître les traite comme ses propres enfants.
5050
Le Maître se donne à tout ce que l’instant apporte. Il sait qu’il va mourir, et rien ne lui reste à quoi s’agripper : pas d’illusions dans l’esprit, pas de résistances dans le corps. Il ne réfléchit pas à ses actions ; elles jaillissent de la profondeur de son être. Il ne refuse rien de la vie ; ainsi est-il prêt pour la mort, comme un homme est prêt à dormir après une bonne journée de travail.
5151
Chaque être dans l’univers est une expression du Tao. Il jaillit dans l’existence inconscient, parfait, libre, assume un corps physique, laisse les circonstances le compléter. C’est pourquoi chaque être, spontanément, honore le Tao.
Le Tao donne naissance à tous les êtres, les nourrit, les soutient, prend soin d’eux, les réconforte, les protège, les ramène à lui-même, créant sans posséder, agissant sans rien attendre, guidant sans contrôler. C’est pourquoi l’amour du Tao est dans la nature même des choses.
5252
Au début était le Tao. Toutes choses en jaillissent, toutes choses y retournent.
Pour trouver l’origine, remonte à la source des manifestations. Lorsque tu reconnais les enfants et trouves la mère, tu deviens libre de toute douleur.
Si tu fermes ton esprit par des jugements et te livres à tes désirs, ton coeur sera troublé. Si tu apprends à ne pas juger et n’es pas mené par tes sens, ton coeur trouvera la paix.
Voir au sein des ténèbres est clarté. Savoir comment céder est la vraie force. Utilise ta propre lumière et retourne à la source de la lumière. Cela s’appelle pratiquer l’éternité.
5353
La grande Voie est simple, mais les gens préfèrent les chemins détournés. Sois conscient lorsque les choses sont déséquilibrées. Reste centré dans le Tao.
Quand de riches spéculateurs prospèrent alors que les paysans perdent leurs terres ; quand le gouvernement dépense de l’argent en armes plutôt qu’en remèdes ; quand la classe supérieure est extravagante et irresponsable alors que les pauvres n’ont nulle part où se tourner – tout cela est vol et chaos. Ce n’est pas être en accord avec le Tao.
5454
Qui est campé dans le Tao ne peut être déraciné. Qui étreint le Tao ne peut être anéanti. Son nom sera honoré de génération en génération.
Laisse le Tao s’exprimer dans ta vie et tu seras authentique. Laisse-le s’exprimer dans ta famille et ta famille s’épanouira. Laisse-le s’exprimer dans ton pays et ton pays sera un exemple pour tous les pays du monde. Laisse-le s’exprimer dans l’univers et l’univers chantera.
Comment sais-je que cela est vrai ? Je regarde en moi-même.
5555
Qui est en harmonie avec le Tao est comme un nouveau-né. Ses os sont souples, ses muscles sont faibles, mais sa poigne est puissante. Il ne sait rien de l’union de l’homme et de la femme, mais son pénis peut être en érection, si intense est son énergie vitale. Il peut crier à tue-tête toute la journée, mais sa voix n’en devient jamais rauque, si complète est son harmonie.
Le pouvoir du Maître est ainsi. Il laisse toutes choses aller et venir sans effort, sans désir. Il n’attend jamais de résultats ; ainsi n’est-il jamais déçu. Parce qu’il n’est jamais déçu, son esprit ne vieillit jamais.
5656
Ceux qui savent ne parlent pas. Ceux qui parlent ne savent pas.
Garde la bouche close, bloque tes sens, émousse ton tranchant, délie tes noeuds, adoucis ton regard, laisse ta poussière se déposer. Ceci est l’identité originelle.
Sois comme le Tao. On ne peut l’approcher ou s’en éloigner, l’avantager ou lui nuire, l’honorer ou le faire tomber en disgrâce. Il s’abandonne continuellement. C’est pourquoi il perdure.
5757
Si tu veux être un grand dirigeant, apprends à suivre le Tao. N’essaie pas de contrôler. Laisse tomber les plans et les concepts, et le monde se gouvernera lui-même.
Plus tu imposes d’interdictions, moins les gens seront vertueux. Plus tu as d’armes, moins les gens seront en sécurité. Plus tu mets en place d’assistance, moins les gens seront autonomes.
C’est pourquoi le Maître dit : je laisse tomber la loi, et les gens deviennent honnêtes. Je laisse tomber l’économie, et les gens deviennent prospères. Je laisse tomber la religion, et les gens deviennent sereins. Je laisse tomber tout désir pour le bien commun, et le bien devient aussi commun que l’herbe.
5858
Si l’on gouverne un pays avec tolérance, les gens sont tranquilles et honnêtes. Si l’on gouverne un pays par la répression, les gens sont déprimés et retors.
Quand la volonté de pouvoir domine, plus grands sont les idéaux, plus petits sont les résultats. Essaie de rendre les gens heureux, et tu poses les fondements de la misère. Essaie de rendre les gens vertueux, et tu poses les fondements du vice.
Ainsi, le Maître se contente de servir d’exemple et de ne pas imposer sa volonté. Il est pointu, mais ne perce pas. Direct, mais souple. Radieux, sans éblouir.
5959
Pour bien gouverner un pays, il n’est rien de mieux que la modération.
La marque d’un homme modéré est sa liberté envers ses propres idées. Tolérant comme le ciel, pénétrant comme la lumière du soleil, solide comme la montagne, souple comme l’arbre dans le vent, il n’a pas de destination en vue et tire parti de tout ce que la vie vient à mettre sur son chemin.
Rien ne lui est impossible. Parce qu’il a lâché prise, il peut s’occuper du bien-être des gens comme une mère s’occupe de son enfant.
6060
Gouverner un grand pays est comme frire un petit poisson. Tu le gâtes en le faisant trop cuire.
Centre ton pays dans le Tao et le mal n’aura aucun pouvoir. Non qu’il ne soit pas là, mais tu pourras t’écarter de son chemin.
Ne donne au mal rien à quoi s’opposer et il disparaîtra de lui-même.
6161
Quand un pays obtient une grande puissance, il devient comme la mer : toutes les rivières viennent s’y jeter. Plus il devient puissant, plus grand est le besoin d’humilité. L’humilité, c’est avoir confiance dans le Tao, et ainsi ne jamais avoir besoin de se défendre.
Une grande nation est comme un grand homme: quand il fait une erreur, il s’en rend compte. S’en étant rendu compte, il l’admet. L’ayant admis, il la corrige. Il considère ceux qui lui montrent ses fautes comme ses guides les plus bienveillants. Il considère son ennemi comme l’ombre que lui-même projette.
Si une nation est centrée dans le Tao, si elle nourrit ses citoyens et ne se mêle pas des affaires des autres, elle sera une lumière pour toutes les nations du monde.
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Le Tao est le centre de l’univers, le trésor de l’homme bon, le refuge de l’homme mauvais.
Les honneurs peuvent s’acheter avec des mots habiles, le respect peut se gagner avec de bonnes actions ; mais le Tao est au-delà de toute valeur, et personne ne peut l’acquérir.
Ainsi, quand on choisit un nouveau dirigeant, n’offre pas de l’aider avec tes richesses ou ton expertise. Offre plutôt de l’instruire au sujet du Tao.
Pourquoi les anciens Maîtres estimaient-ils le Tao? Parce qu’en étant un avec le Tao, lorsque tu cherches, tu trouves, et lorsque tu fais une erreur, tu es pardonné. C’est pourquoi il est aimé de tous.
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Agis sans faire ; travaille sans effort. Considère les petites choses comme si elles étaient grandes et les choses peu nombreuses comme abondantes. Affronte le difficile tant qu’il est encore facile ; accomplis la grande oeuvre par une série de petites actions.
Le Maître ne cours jamais après le grand ; ainsi atteint-il la grandeur. Quand il rencontre une difficulté, il s’arrête et il s’y consacre. Il ne s’accroche pas à son propre confort ; ainsi les problèmes ne sont pas un problème pour lui.6464
Ce qui a pris racine est facile à nourrir. Ce qui est récent est facile à corriger. Ce qui est fragile est facile à briser. Ce qui est petit est facile à disperser.
Préviens le malheur avant qu’il ne survienne. Mets les choses en ordre avant qu’elles n’existent. Le pin géant grandit à partir d’une petite pousse. Le voyage de mille lieues commence avec le premier pas.
En te précipitant dans l’action, tu échoues. En essayant de saisir les choses, tu les perds. En forçant un projet à s’achever, tu gâtes ce qui était presque mûr.
Ainsi le Maître agit en laissant les choses suivre leur cours. Il demeure aussi calme à la fin qu’au début. Il n’a rien, et n’a donc rien à perdre. Ce qu’il désire est le non-désir ; ce qu’il apprend, c’est à désapprendre. Il rappelle simplement aux gens qui ils ont toujours été. Il ne se soucie de rien excepté du Tao. Ainsi peut-il prendre soin de toutes choses.
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Les Maîtres anciens n’essayaient pas d’instruire les gens, mais leur enseignaient à ne pas savoir.
Quand ils pensent connaître les réponses, les gens sont difficiles à guider. Quand ils savent qu’ils ne savent pas, les gens peuvent trouver leur propre voie.
Si tu veux apprendre à gouverner, évite d’être riche ou astucieux. Le modèle le plus simple est le plus clair. Satisfait d’une vie ordinaire, à tous, tu peux montrer la voie pour retourner à leur vraie nature.
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Tous les fleuves se jettent dans la mer parce qu’elle est plus basse qu’ils ne sont. L’humilité lui confère sa puissance.
Si tu veux gouverner les gens, tu dois te placer au-dessous d’eux. Si tu veux mener les gens, tu dois apprendre à les suivre.
Le Maître est au-dessus des gens et personne ne se sent opprimé. Il guide les gens et personne ne se sent manipulé. Le monde entier lui est reconnaissant. Parce qu’il n’est en rivalité avec personne, personne ne peut rivaliser avec lui.
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Certains disent que mon enseignement est absurde. D’autres le disent sublime mais impraticable. Mais pour ceux qui ont regardé en eux-mêmes, cette absurdité fait parfaitement sens. Et pour ceux qui le mettent en pratique, cette sublimité a des racines profondes.
Je n’ai que trois choses à enseigner : la simplicité, la patience, la compassion. Toutes trois sont tes plus grands trésors. Simple en actions et en pensées, tu retournes à la source de l’être. Patient avec tes ennemis comme avec tes amis, tu te mets en accord avec la réalité. Compatissant envers toi-même, tu réconcilies tous les êtres du monde.
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Le meilleur athlète veut son adversaire au meilleur de sa forme. Le meilleur général pénètre l’esprit de son ennemi. Le meilleur homme d’affaires sert le bien commun. Le meilleur dirigeant suit la volonté du peuple.
Chacun d’eux incarne la vertu de la non-compétition. Non qu’ils n’aiment rivaliser, mais ils le font dans l’esprit du jeu. En cela ils sont comme des enfants et en harmonie avec le Tao.
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Les généraux ont un adage : « Plutôt que faire mouvement le premier, mieux vaut attendre et observer. Plutôt que d’avancer d’un pouce, mieux vaut reculer d’un pas. »
On appelle cela progresser sans avancer, repousser sans utiliser d’armes.
Il n’est pas de plus grand malheur que sous-estimer ton ennemi. Sous-estimer ton ennemi revient à penser qu’il est mauvais. Tu détruis ainsi tes trois trésors et deviens toi-même un ennemi.
Quand deux grandes forces s’opposent, la victoire va à celui qui a appris à céder.
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Mes enseignements sont simples à comprendre et simples à mettre en pratique. Pourtant ta raison ne les saisira jamais, et si tu essaies de les mettre en pratique, tu échoueras.
Mes enseignements sont plus anciens que le monde. Comment pourrais-tu en saisir le sens ?
Si tu veux me connaître, regarde dans ton coeur.
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Ne pas savoir est la vraie connaissance. Présumer savoir est une maladie. Prends d’abord conscience que tu es malade ; alors tu pourras recouvrer la santé.
Le Maître est son propre médecin. Il s’est guéri de tout savoir, ainsi est-il véritablement sain.
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Quand ils perdent leur sens du merveilleux, les gens se tournent vers la religion. Quand ils n’ont plus confiance en eux-mêmes, ils commencent à dépendre de l’autorité.
C’est pourquoi le Maître se met en retrait, afin que les gens ne s’écartent pas de leur voie. Il enseigne sans enseigner, pour que les gens n’aient rien à apprendre.
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Le Tao est toujours serein. Il vainc sans lutter, répond sans dire un mot, arrive sans avoir été appelé, accomplit sans dessein.
Son filet couvre l’univers entier. Et bien que ses mailles soient larges, il ne laisse rien échapper.
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Si tu comprends que tout change, il n’est rien auquel tu tenteras de t’attacher. Si tu n’as pas peur de mourir, il n’est rien que tu ne pourras atteindre.
Tenter de contrôler le futur est comme tenter de prendre la place du maître charpentier. Quand tu manies les outils du maître charpentier, il y a de fortes chances que tu te coupes la main.
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Quand les impôts sont trop élevés, les gens souffrent de la faim. Quand le gouvernement est trop envahissant, les gens perdent leur allant.
Agis dans l’intérêt des gens. Fais leur confiance ; laisse-les tranquilles.
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Les hommes naissent mous et souples ; morts, ils sont raides et durs. Les plantes naissent tendres et élastiques. mortes, elles sont sèches et cassantes.
Ainsi quiconque est raide et inflexible est un disciple de la mort. Quiconque est doux et flexible est un disciple de la vie.
Le dur et le raide seront brisés. Le doux et le souple prévaudront.
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Quand il agit dans le monde, le Tao est semblable à la courbure d’un arc. Le sommet est courbé vers le bas ; le bas courbé vers le haut. Il corrige excès et insuffisance afin qu’il y ait parfait équilibre. Il prend à ce qui est trop et donne à ce qui n’est pas assez.
Ceux qui essaient de contrôler, qui emploient la force pour protéger leur pouvoir, vont contre le sens du Tao. Ils prennent à ceux qui n’ont pas assez et donnent à ceux qui ont déjà bien trop.
Le Maître peut donner sans relâche car sa richesse n’a pas de limite. Il agit sans attente, réussit sans le revendiquer, et ne pense pas être meilleur que n’importe qui.
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Rien au monde n’est aussi mou et fluide que l’eau. Mais pour dissoudre le dur et l’inflexible, rien ne la surpasse.
Le mou triomphe du dur ; le souple triomphe du rigide. Tout le monde sait que cela est vrai, mais peu savent le mettre en pratique.
Ainsi le Maître demeure serein au sein même de la douleur. Le mal ne peut pénétrer son coeur. Parce qu’il a renoncé à aider, il est l’aide la plus précieuse pour autrui.
Les paroles vraies semblent paradoxales.
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L’échec est une opportunité. Si tu blâmes autrui, jamais le blâme ne prend fin.
Ainsi le Maître remplit ses propres obligations et corrige ses propres erreurs. Il fait ce qu’il doit faire et n’exige rien des autres.
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Si un pays est gouverné avec sagesse, ses habitants sont satisfaits. Ils aiment travailler de leurs mains et ne perdent pas de temps à inventer des machines pour économiser leur temps. Puisqu’ils chérissent leur foyer, ils ne s’intéressent pas aux voyages. Il peut y avoir quelques chariots ou navires, mais ceux-ci ne vont nulle part. Il peut y avoir un arsenal empli d’armes, mais personne ne les utilise jamais. Les gens apprécient leur nourriture, prennent plaisir à être en famille, passent leur temps libre à cultiver leurs jardins, se réjouissent de ce que font leurs voisins. Et même si le pays d’à côté est si proche qu’ils en entendent les coqs chanter et les chiens aboyer, ils sont heureux de mourir de vieillesse sans jamais l’avoir visité.
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Les paroles vraies ne sont pas éloquentes ; les paroles éloquentes ne sont pas vraies. Les hommes sages n’ont pas besoin de prouver leurs dires; les hommes qui ont besoin de prouver leurs dires ne sont pas sages.
Le Maître ne possède rien. Plus il fait pour les autres, plus il est heureux. Plus il donne aux autres, plus il est riche.
Le Tao nourrit en ne forçant pas. En ne dominant pas, le Maître dirige.
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